Ce premier volume est édité le 26 janvier 1896 à Paris sous la référence 8 315, chez Heugel, Paris.
Voici les vingt mélodies qui constituent le recueil :
1. Présentation matérielle
Ce recueil est broché, de format 18,7 x 27 ; il se compose de quatre pages de garde et de 95 pages numérotées.
a) La première de couverture
« Un Vol. in 80, Prix net : 10 francs - Au Ménestrel, 2bis, Rue Vivienne, HEUEL & Cie ».
En bas apparaît le nom de l'éditeur Heugel & Cie.
La deuxième page de garde (la première est vierge) reprend le titre général « Mélodies de Reynaldo Hahn ». Le tout est encadré d'un bandeau noir et blanc aux motifs floraux reprenant de façon plus allongée ceux du pourtour de la première de couverture.b) La deuxième page de garde
Cette troisième page de garde porte la dédicace suivante, en caractères imitant l'écriture à la plume :c) La troisième page de garde
à la mémoire
de
Lucien GRANDJANY,
Professeur au Conservatoire à vingt-trois ans,
mort à vingt-neuf ans.
son élève, son ami
Reynaldo Hahn.
1895.
d) La quatrième page de garde
2. Diffusion
Ce premier volume a connu un énorme tirage (1896 /1989) ; voici le classement :
Premier volume | Rang |
1 Rêverie |
9e |
2 Si mes Vers avaient des Ailes !. |
1er |
3 Mai |
7e |
4 Paysage |
2e |
5 L'Énamourée |
8e |
6 Seule |
15e |
7 La Nuit |
18e |
8 Offrande |
6e |
9 Trois jours de Vendange |
11 |
10 Infidélité |
3e |
11 Fêtes galantes |
10e |
12 Cimetière de campagne |
12e |
13 Fleur fanée |
16e |
14 L'Incrédule |
14e |
15 Les Cygnes |
13e |
16 D'une prison |
5e |
17 Dernier vou |
17e |
18 Séraphine |
20e |
19 Nocturne |
19e |
20 À Phidylé |
4e |
Il réunit vingt mélodies qui avaient toutes été éditées en séparé avant la parution de ce recueil. Leur édition s'étale entre 1891 et décembre 1895. Pour certaines d'entre elles il existait deux, voire trois versions dans des tonalités différentes : ce volume fait le choix de retenir les tonalités originales pour la plupart d'entre elles. Seules deux mélodies sont proposées dans une autre tonalité :
- Si mes Vers avaient des Ailes !. est présentée dans la tonalité de RÉ alors que la tonalité originale est MI ;
- Seule est présentée en MI au lieu de FA.
Trois mélodies avaient tout d'abord été éditées chez Georges Hartmann : Rêverie, Si mes Vers avaient des Ailes !. et Mai. Elles furent intégrées dans le catalogue Heugel (cf. infra l'historique Hartmann - Heugel dans le Chapitre 6). Rêverie qui était proposée par Hartmann dans une version italienne sous le titre Dolce pensier « versione italiana di A. Zanardini » (dans la tonalité originale de MI b) fut bien conservée, dans les premiers temps, dans le catalogue Heugel mais plus jamais rééditée sous cette présentation.
En Annexe VII - 4, p. 204, se trouve l'adaptation italienne, Dolce pensier.
Rappelons que la n° 7, La Nuit, sera proposée pour chour dans les Rondels (la n° 11) et que la n° 20, À Phidylé, sera reprise dans le recueil des Études latines (la n° 9).
Il existe bien une édition américaine[5], toujours disponible, qui reprend neuf de ces mélodies mais dont nous n'avons pas obtenu leur tirage. Ces mélodies sont : D'une prison, Fêtes galantes, Infidélité, Mai, Paysage, Offrande, Les Cygnes, Si mes Vers avaient des Ailes !. et Trois jours de Vendange.
Plusieurs d'entre elles (neuf) bénéficient aussi de tirages complémentaires, en version « pour voix seule », éditées dans trois collections différentes qui sont :
- La Ruche Musicale Populaire : Mai, Paysage, Rêverie et Infidélité (avec respectivement en réf. 1528, 1529, 1530 et 1530 bis) ;
- Les Chants Aimés - Mélodies favorites (réf. 28 786 et suite) : Si mes Vers avaient des Ailes !. , D'une prison, Cimetière de campagne, L'Incrédule et Trois jours de Vendange ;
- Mélodies célèbres (réf. 28 596 et suite) : Cimetière de campagne, D'une prison, L'Incrédule, Infidélité, Mai, Paysage, Rêverie, Si mes Vers avaient des Ailes !. et Trois jours de Vendange.
Les mélodies choisies qui répondent à ce type d'édition sont celles qui sont les plus imprimées, comme nous le montre le tableau ci-dessus. La maison Heugel répond sûrement ainsi à une demande commerciale, reflétant le grand succès de ces pièces vocales.
Un grand écart d'impression, en édition séparée, est à observer entre la mélodie Si mes Vers avaient des Ailes !. profitant d'un grand nombre d'exemplaires, et Séraphine avec un nombre bien plus confidentiel. On pourra supposer que la maison Heugel a certainement répondu au succès grandissant que la mélodie Si mes Vers. rencontrait auprès du public[6]. On pourrait dire, en retour, que la présence de cette mélodie proposée dans les boutiques spécialisées a sûrement poussé l'éditeur à procéder à de nouveaux tirages : l'offre appelle la demande. En fait, ce grand tirage prouve sans conteste l'extrême popularité de cette mélodie.
Sept de ces mélodies sont aussi offertes dans Le Journal Le Ménestrel.
Les voici :
- Seule n° 12 du 20 mars 1892
- L'Énamourée n° 4 du 22 janvier 1893
- Fêtes galantes n° 22 du 28 mai 1893
- Trois jours de Vendange n° 30 du 29 juillet 1894
- Fleur fanée n° 50 du 16 décembre 1894
- D'une prison n° 14 du 07 avril 1895
- Cimetière de campagne n° 30 du 28 juillet 1895.
NDR : La mélodie Rêverie a été également offerte en supplément au journal "Les Annales politiques et littéraires" du 10 septembre 1893 : cliquer ici
3- Présentation des dédicataires
Un grand nombre de ces mélodies (seize sur les vingt) sont dédicacées à des personnalités proches de l'entourage du compositeur. Voici les titres des mélodies et leur dédicace exacte :
Rêverie | à Mademoiselle J. Ciceri |
Si mes Vers avaient des Ailes !... | à ma sour, Mademoiselle Maria Hahn |
Paysage | à mon maître, J. Massenet |
L'Énamourée | à Miss Sibyl Sanderson |
Seule | à Monsieur Georges Hartmann |
La Nuit | à Monsieur Delmas, de l'Opéra |
Offrande | à *** |
Trois jours de Vendange | à Madame Alphonse Daudet |
Infidélité | à Marguerite Naudin |
Fêtes galantes | à Charles Levadé |
Cimetière de campagne | à Mademoiselle J. Lyon |
Fleur fanée | à Édouard Risler |
Les Cygnes | au poète Jean Lahor |
D'une prison | à Léon Daudet |
Séraphine | à Mesdemoiselles R. |
À Phidylé | à mon ami Marcel Proust |
Édouard Risler, Jules Massenet, Georges Hartmann, Léon Daudet, Jean Lahor (de son vrai nom Cazalis) comme Mlle Lyon (de la famille Lyon qui possède la première salle Pleyel) et Madame Alphonse Daudet sont des habitués de la vie mondaine à laquelle participe Reynaldo Hahn.
Marcel Proust est l'amant du compositeur durant cette période-là.
Sibyl Sanderson et Jean-François Delmas sont des chanteurs professionnels.
Mademoiselle Marguerite Naudin pourrait être la fille du célèbre ténor Emilio Naudin (1823/ 1890). En l'état de mes recherches, cela reste à confirmer. De même, le « à *** » pourrait être lu comme « à vous », c'est-à-dire à Cléo de Mérode, si l'on en croit Bernard Gavoty[10].
4. Présentation poétique et musicale
Du fait de sa conception que nous venons de présenter, il va de soi que cet album réunit de façon très incohérente, sur la base d'une analyse musicale, ces vingt mélodies.
Nous pouvons penser qu'un classement a été fait à partir des dates de composition pour les onze premières, puis par celles d'édition. Voici le rang de chacune des mélodies de ce recueil avec leur date de composition[11] et celle de leur édition en séparé.
Titre | Date de composition | Date d'édition |
1 Rêverie | 1888 | 27/01/1894 |
2 Si mes Vers. | 1888 | 12/12/1894 |
3 Mai | 1889 | 06/12/1893 |
4 Paysage | mai 1890 | 15/01/1892 |
5 L'Énamourée | 1891 | 29/12/1891 |
6 Seule | - | 29/12/1891 |
7 La Nuit | 17 mai 1891 | 21/01/1892 |
8 Offrande | 1891 | 01/01/1891 |
9 Trois jours de Vendange | 1890 | 03/02/1893 |
10 Infidélité | 03 février 1891 | 08/02/1893 |
11 Fêtes galantes | avril 1892 | 03/03/1893 |
12 Cimetière de campagne | 1893 | 07/06/1894 |
13 Fleur fanée | avril 1892 | 07/06/1894 |
14 L'Incrédule | 06 mars 1893 | 22/06/1894 |
15 Les Cygnes | juin 1892 | 07/06/1894 |
16 D'une prison | 29 octobre 1892 | 13/06/1894 |
17 Dernier vou | juin 1891 | 07/06/1894 |
18 Séraphine | 10 avril 1892 | 27/12/1895 |
19 Nocturne | octobre 1893 | 27/12/1895 |
20 À Phidylé | 7 juillet 1892 | 27/08/1895 |
Certains poètes choisis[12] sont des auteurs traditionnellement rencontrés dans le domaine de la mélodie française à cette même période : Henri Heine (1797 /1856), Victor Hugo (1802 /1885), rattachés communément au mouvement romantique ; Théophile Gautier (1811 /1872), Leconte de Lisle (1818 /1894), Théodore de Banville (1823 /1891) avec Paul Verlaine (1844 /1896) appartenant tous à la mouvence du Parnasse contemporain ; Alphonse Daudet (1840 /1917), Jean Lahor (1840 /1909), François Coppée (1842 /1903), Gabriel Vicaire (1848 /1900), André Theuriet (1833 /1907), Léon Dierx (1838 /1912), Arnaud Renaud (1836 /1895) sont aussi des auteurs proches de cette esthétique de fin de siècle.
Le recueil est écrit pour voix moyenne. L'ambitus s'étend du la 1 (L'Incrédule et Séraphine) au fa # 3 (Fleur fanée, L'Incrédule, Si mes Vers avaient des Ailes !. et Nocturne).
Nous pouvons renouveler la remarque faite pour les Chansons grises : elles appartiennent à cette période où Reynaldo Hahn n'hésitait pas à les présenter dans les salons parisiens.
Sylvain Paul Labartette
Mélodies 1 à 10 | Mélodies 11 à 20 |
[1] Un exemplaire est déposé à la Bibliothèque de l'Opéra Garnier (Réf. clé de sol 4 699 (2)).
[2] Un exemplaires est détenue aux archives de la maison Heugel.
[3] Bernard Gavoty, Reynaldo Hahn, le mucisien de la Belle Époque, p. 36.
[4] Partition déposée à la Bibliothèque de l'Opéra Garnier.
[5] Twelve songs by Reynaldo Hahn, selected and edited by Sergius Kagen, (F. & E.), New York, International Music Company, 1952 - 1960 (réf. 1128 ) : D'une prison, Fêtes galantes, Infidélité, Fumée, Mai, Paysage, Offrande, Les Cygnes, L'heure exquise, Si mes Vers avaient des Ailes !., Quand je fus pris au Pavillon et Trois jours de Vendange.
[6] Elle bénéficie par exemple de deux tirages supplémentaires : en 1955 et en 1983.
[7] Cf Divers papiers, Bibliothède de l'Opéra Garnier (Rés. 2149) : « la flamme de Grandjany, les retours avec Melle Ciceri... ».
[8] Date précisée en fin de la mélodie imprimée, p. 84 : « 10 avril 1892 / 5h - 6 h 1/2 ».
[9] Date manuscrite sur l'originale détenue aux archives Heugel. (Ms 11 752).
[10] Bernard Gavoty, Reynaldo Hahn, le musicien de la Belle Époque, p. 52.
[11] La plupart des dates sont celles indiquées sur les manuscrits détenus chez Heugel.
[12] Cf. Annexe IV, p.162, pour un tableau exhaustif.
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