Marcel Proust
Lettres à Reynaldo Hahn

XI-14

[Premiers mois de 1912 ?] 1

 

Mon cher petit Gunimels

 

C'est moi que votre petit télégramme fait pleurser, mais genstiment 2. Genstil mais je n'aime que vous. Si je vous le laisse tant ignorer c'est pour éviter tyrannie etc. Vous savez buncht qu'involontairement je vous ai fasché quand nous sommes sortis etc. Mais je suis tellement fastiné après ma mauvaise nuit que je veux fumer vite pour tâcher de dormir, car j'ai besoin et besoin. Mais je n'aurais pas pu m'endormir sans vous avoir embrassé, sans vous avoir donné le baiser de Combray 3, j'embrasse votre petite main mon Gunibuls [.]

Buncht.

 

J'ai reçu une lettre qui vous abousera.

Mon genstil votre petit mot de ce matin restera dans les souvenirs de notre amitié et de ma vie (pléonasme) comme une des deux ou trois choses qui m'a le plus ému et ravi [.]

 


1. cp La mention du " baiser de Combray " (note 3 ci-après) situe cette lettre après l'époque où le destinataire prend connaissance du début de l'œuvre de Proust. La lettre daterait peut-être des premiers mois de 1912.

2. Le télégramme en question nous manque.

3. Cf. Du côté de chez Swann, I, 13, sq. " Ma seule consolation, quand je montais me coucher, était que maman viendrait m'embrasser quand je serais dans mon lit. " Cf. ibid., l'expression " ce baiser de paix ". C'est en novembre 1909 que Proust avait lu à Reynaldo Hahn les deux cents premières pages de son œuvre. Vor. Cor. IX, 218.