Ce recueil est imprimé à Paris le 6 juin 1901 par la maison Heugel, référence 20 678.

Voici les titres des six mélodies regroupées :

I Sopra l'acqua indormenzada
   
                           
II La Barcheta
     
               
   
       
III L'avertimento
 
   
       
IV La Biondina in gondoleta
   
   
       
V Che pecà !
   
   
       
VI La Primavera
       

 

  

La Biondina in gondoleta

La Primavera

1. Présentation générale

Le recueil broché est de format 23 x 30,7. Il se compose de 16 feuilles (32 pages) agrafées.

a)  La première de couverture[1]

Le titre, en oblique et en très gros caractères fantaisie, comme le nom du compositeur en bas, lettrines en rouge bordées d'ocre et serties de noir (effet d'ombrage). Un énorme motif floral en spirale occupe quasiment toute la page, rappelant des crosses de fougères se déroulant.

b)  La première page de garde

La première de couverture plante véritablement le décor : une photo colorée représente la piazzetta de Venise, partie de la place San Marco ouvrant sur le grand canal. Au côté gauche, l'angle sud-ouest du palais des Doges, puis au centre, la place quasiment déserte avec ses deux colonnes et ses lampadaires et, au-delà du grand canal, l'île de San Giorgio Maggiore à l'horizon, et enfin, sur l'extrême droite, la façade ombragée de la Libreria Marciana. Cette illustration est partiellement entourée d'une guirlande de fleurs de syle Art nouveau d'un vert pâle. Le titre Venezia et le nom du compositeur sont en caractères fantaisie, teintés de ce même vert. Les autres informations sont en bleu. Cela se présente ainsi :

Venezia

CHANSONS

en Dialecte Vénitien

Version française de Maurice Léna

Reynaldo Hahn

 (Ces chansons sont aussi publiées séparément) Le Recueil

Prix net : 7 francs

Le nom de l'éditeur Heugel (Paris, Heugel & Cie, 2bis, Rue Vivienne), de même que celui de son représentant italien, ED. Sonzogno (14, Via Pasquirolo, Milan) sont compris dans une vignette aux mêmes motifs floraux que ceux qui entourent partiellement la photo.

Toute cette présentation est signée P. Borie.

c)  La deuxième page de garde

C'est la première de couverture mais en bichromie blanche & noire.

d)  La troisième page de garde

C'est la table avec les six titres et une petite note de l'éditeur concernant la quatrième mélodie, La Biondina in Gondoleta ; elle précise ceci :

L'auteur sait fort bien que cette nouvelle Biondina in Gondoleta ne fera pas oublier la charmante et célèbre chanson de Mayr[2], si populaire dans toute la Vénétie. Mais peut-être trouvera-t-elle un écho plus immédiat dans l'âme moderne et parlera-t-elle(e)[3] plus directement que ne le pourrait sa glorieuse devancière à la sensibilité amoureuse de notre temps.

Pour dissiper ce doute émis par l'éditeur, nous pourrions le rassurer si nous en croyions l'affirmation du compositeur qui, lors de son séjour à Venise au printemps 1900, venait de chanter ses pièces dans une gondole, en compagnie d'amis :

Les Chansons Vénitiennes ont fait l'effet, dans cette petite foule, de cartouches explosives, causant une joie, une surprise qui m'ont fait plaisir. "Ancora ! Ancora !" criait-on de là-haut. [4].

L'ensemble est serti de motifs floraux identiques à ceux de la première de couverture, mais agencés autrement. Et en dessous, dans un ovale soutenu par un bandeau floral est inscrite une gravure de Venise à la plume, qui illustre le grand canal avec une gondole sur la gauche et, en arrière-plan, l'extrémité du « sestiere » Dorsoduro (la pointe dite « de la douane ») et sa petite tour couronnée de sa boule d'or ; au loin les dômes de l'église de Santa Maria della Salute.

Au verso de cette page se trouve un" petit lexique" de part et d'autre de deux vignettes florales ; il précise ceci :

En dialecte vénitien :

-           L' e se prononce é ;
-           L'u se prononce ou ;
-           Xe se prononce zé ;
-           Le c placé devant un i se prononce comme en français ;
-           Le l placé entre deux voyelles comme dans Gondola, Cielo etc. doit être à peine entendu ;
-           Le g placé devant un e se prononce yé.

Pour montrer un peu plus ce trait si caractéristique de Reynaldo Hahn qu'est la recherche toujours plus fine de la couleur, ici vénitienne, nous donnerons cette remarque extraite de ses Notes, journal d'un musicien[5]:

 L'idiome vénitien est enchanteur. On entend une voix de jeune homme : c'est un vieillard qui parle. Véritable langage de l'amour, il garde une adolescence éternelle ; l'inflexion qui revient à tout moment lui donne une souplesse, une mobilité charmantes. La suppression des z, des ch, des e muets, si encombrants en italien, l'escamotage de la plupart des l entre une voyelle et une consonne ôtent à une langue tout "ce qui pèse ou qui pose". On ne peut la parler que d'une voix élaguée ou, pour mieux dire, la voix s'amenuise et se rajeunit en la parlant. Rien de touchant comme d'entendre dans la bouche des petits enfants de la rue les premiers échos de ce ravissant dialecte. Ils possèdent déjà le principe d'un merveilleux sortilège amoureux et ne s'en doutent pas.

2. Diffusion

Ce recueil est imprimé à un nombre moyen exemplaires.

Voici le classement d'exemplaires tirés (1901 /1989) :

Venezia

Rang

I    Sopra l'acqua indormenzada

6e

II  La Barcheta

1er

III L'avertimento

2e ex æquo

IV La Biondina in gondoleta

2e ex æquo

V  Che pecà !

5e

VI La Primavera (avec chœur)

2e ex æquo

Jusqu'en 1921, une édition des mélodies en séparé est proposée. La présentation est identique à celle du recueil ; seul le titre Venezia occupe non plus le centre de la page, mais se trouve au-dessus de la gravure, en caractères encore plus fantaisistes. Un second tirage remanie la première de couverture, sous la signature de H. Pidot : seule est reproduite la gravure de la deuxième page de garde, en plus des autres renseignements habituels.

Ce recueil a été édité aux États-Unis par Recital Publications of Huntsville, Texas (comme les Chansons grises, les Études Latines et les Feuilles blessées).

La maison italienne Ed Sonzogno, sise au 14, via Pasquirolo, à Milan (Italie) a édité ces chansons. Edoardo Sonzogno (1836 - 1920), éditeur de musique, entretient des relations professionnelles avec la maison Heugel[6]. Malheureusement nous n'avons pas eu connaissance du nombre de tirages effectués.

3- Présentation des dédicataires

Si le recueil n'est pas dédicacé, il nous faut signaler que les cinq dernières sur les six mélodies en comportent une ; ce sont :

-           Sopra l´acqua indormenzada : à Mademoiselle Calvé ;
-           L'avertimento : à Madame la Comtesse de Guerne, née Ségur ;
-           La Biondina in gondoleta : à Mme Ernesta Stern ;
-           Che pecà ! : au Prince Giovanni Borghèse ;
-           La Primavera : à Tosti.

Tous ses dédicataires sont les amis du compositeur qui participent à son séjour à Venise durant cette période de composition.

Si la Comtesse de Guerne, le Prince Borghèse et Ernesta Stern sont des personnalités du « beau monde », Emma Calvé est une artiste lyrique[7] reconnue comme Paolo Tosti , compositeur italien, célèbre à cette époque à Paris pour ces mélodies, entre autres.

Nous pouvons préciser que Reynaldo Hahn vient retrouver Marcel Proust à Venise[8] en mars 1900. Ils vont ensemble faire une excursion à Padoue et séjournent à Battaglia Terme, petite station thermale sur le Frassine, à quelques kilomètres au sud de Padoue. C'est là, en juin 1900, qu'il finit deux de ces six mélodies [9] : Che pecà ! et La Primavera.

4. Analyse poétique et musicale

Le titre choisi apparaît de la main de l'auteur sur la partition originale de La Biondina in gondoleta.

Une cohérence dans le choix des auteurs : ce sont les cinq poètes italiens qui sont choisis :

- Pietro Pagello (Sopra l'acqua indormenzada) : docteur vénitien (1807 -1898) ; surtout célèbre pour avoir été l'amant de George Sand lors de son séjour avec Alfred de Musset (janvier - automne 1834). D'où, en tête de la partition, de la présence originelle du « à Georgio Sand ».

- Pietro Buratti (La Barcheta, L'avertimento) : poète satirique vénitien, anti-autrichien.

- Antonio Lamberti : rendu célèbre, autre autre, par sa Biondina in gondoleta, mise en musique par Johannes Simon Mayr.

- Francesco dall'Ongaro (Che pecà !) (1808-1873), dramaturge, auteur du très populaire Fornaretto di Venezia (1846).

- Alvise Cicogna : La Primavera. Aucune information, à ce jour, sur cet auteur.

L'unité de ce recueil est essentiellement stylistique. Toutes ces pièces sentent bon la chanson italienne. Elles tablent sur des éléments qui lui sont caractéristiques : mélodie vite mémorisable, présence de vocalises, de refrain, emploi de rythme typique (la barcarolle dans Sopra l'acqua., la tarentelle dans Che pecà !). L'écriture pianistique rappelle celle de la mandoline (accords plaqués comme dans Che pecà !) ou de la guitare (accords arpégés dans Sopra l'acqua indormenzada.).

Le texte en italien vénitien redouble cette couleur toute méditerranéenne. Il a été adapté en français par Maurice Léna (1859 - 1928), librettiste de son métier[10]. Il sera sollicité pour une version française des Five littles songs.

Le choix de les chanter dans l'une ou l'autre des deux langues est donc autorisé. Cependant, vu le souci du compositeur d'être si proche du style de la chanson populaire de Vénétie, il serait bon de les interpréter en ce dialecte.

            L'ambitus général de ce recueil s'étend du si 1 au la b 3 : il est principalement écrit pour une voix de ténor, voix qui convient bien à ce caractère italianisant. D'ailleurs sur l'originale de Che pecà ! cela est précisé ; de plus à la mesure 50 de La Primavera, sur la partition imprimée, Reynaldo Hahn le demande.

                     

En Annexe VII - 1, p. 180, se trouvent les six poèmes italiens, leur adaptation et je présente une traduction.

 

Sylvain Paul Labartette

 

 

 

 

partition disponible à la vente chez Leduc : HE 20678

dans la presse :


Le Ménestrel (6 mai 1921)

 

 



[1] Cf. l'exemplaire de la Bibliothèque de l'Opéra Garnier (Rés. 2122).

[2] Johannes Simon Mayr (1763/1845), compositeur d'origine bavaroise, considéré comme italien (Giovanni Simone) ; auteur d'opéras, cantates. Principalement installé à Bergame.

[3] Erreur d'impression : il manque le « e ».

[4] Cf. Reynaldo Hahn, Notes, journal d'un musicien, p. 191.

[5] Cf. Reynaldo Hahn, Notes, journal d'un musicien, p. 179.

[6] Cf. Heugel et ses musiciens, Danièle PISTONE, Paris, les Presses Universitaires de France, 1984.

[7] Cf. Divers papiers, Bibliothèque de l'Opéra Garnier (Rés. 2149) : « Quelle grande cantatrice » ; « Voix de cristal, et généreuse pourtant. Artiste multiple ».

[8] Cf. l'introduction, Lettres de Marcel Proust à  Reynaldo Hahn, Philippe KOLB, Paris, Gallimard, 1956, p. 17.

[9] Cf. les manuscrits originaux déposés aux archives Heugel.

[10] Il est, par exemple, le librettiste du Jongleur de Notre-Dame (1902) musique de Jules Massenet.

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