Marcel Proust
Lettres à Reynaldo Hahn

I - 284

[1895 ?]1

Mon petit Reynaldo,

Je suis en train, dans un petit morceau pour le livre, de mouiller " le sourire du souvenir de toutes les larmes de l'espoir " et ma seule consolation pendant cette promenade que je me force sans pitié pour moi à faire sur les routes effeuillées de ma mémoire et sur les routes aussi dépouillées d'avance par une clairvoyance cruelle de mon avenir - c'était vous. Pourquoi en me disant ce mot si triste faites-vous évanouir le compagnon consolant dont je serrais la main pour ne pas mourir de chagrin pendant cette promenade d'octobre et qui était "l'avenir de notre amitié>. A Colonne je vous demanderai pardon de ce pathos.

M. P.

P.S. J'ai reçu de Madame Lemaire une lettre de sottises - mêlée d'affection pour nous deux. Mais je vous en prie, à Colonne, pas un mot, pas un geste... parfaitement.

 


1. Hahn 51-52 (n° XXXIV).