1- Décrets indolents du hasard
2- Les soirs d'Albi
3- Souvenir... Avenir...
4- Danse de l'amour et du chagrin
5- Le demi-sommeil embaumé
6- L'anneau perdu
7- Danse du doute et de l'espérance
8- La cage ouverte
9- Soir d'orage
10- Les baisers
11- Il sorriso
12- Le seul amour

La dernière œuvre figurant dans ce chapitre est de loin la plus importante qui ait été mentionnée jusqu'ici, c'est l'une des plus marquantes de l'œuvre pianistique de Reynaldo.  

Le "Ruban dénoué" parut chez Heugel en 1917; aux douze valses à deux pianos était jointe une mélodie sur un poème de Victor HugoPuisque j'ai mis ma lèvre " qui figurera dans le deuxième recueil. La deuxième partie de cette mélodie est construite sur le thème de la 12° valse "Le seul amour".  

Reynaldo a composé ces valses pour distraire ses camarades aux heures de détente, c'est donc une musique de divertissement caractérisée par une grande séduction mélodique, une écriture élégante et raffinée, des modulations expressives et délicates; bref une œuvre qui cherche à plaire et ne s'en cache pas; dans sa préface du recueil, Reynaldo note :
Cette série de valses a occupé quelques-uns de mes mornes loisirs en ces derniers mois. Je ne m'en exagère pas la valeur musicale. Mais j'ai tenté d'y fixer des instants qui auront compté dans ma vie. " 

 

 

 

1- Décrets indolents du hasard

  

Deux motifs alternent dans cette valse, tous les deux basés sur la  superposition binaire/ternaire  



Cette formule de deux mesures sur laquelle est bâtie le premier motif A crée ce caractère nonchalant exprimé par le titre.
-Le thème A qui sera réutilisé dans la valse n°10 se présente sous la forme d'une marche descendante qui fait alterner accords simples et septièmes d'espèces (8 mesures).
-L'élément B présente un mouvement chromatique autour du pivot de la tonique (fa dièse).
Il faut remarquer dés cette première valse l'importance du rôle des arpèges dans les formules d'accompagnement.
Les deux motifs de 8 mesures alternent, passant d'un piano à l'autre avec quelques modifications au niveau de l'accompagnement (ABABA).  

2- Les soirs d'Albi

   

Cette valse s'oppose dés l'entrée à la valse précédente par son caractère rythmique vigoureusement marqué: il s'agit d'une danse à un temps dans un tempo "vif et leste".
Elle suit la structure d'un rondo qui fait alterner trois éléments thématiques b  c  d (couplets) avec une idée principale a (refrain).
Les couplets caractérisés par leurs mélodies simples et enjouées s'opposent au refrain dont le caractère rythmique est accentué par la formule d'accompagnement habituelle de la valse (basse-accord-accord).

Les modulations brusques et inattendues qui relancent sans cesse l'intérêt de la pièce possèdent le charme fantasque de l'improvisation.
Le quatrième couplet récapitule les différents éléments thématiques des couplets précédents.
Une transition dialoguée entre les deux pianos module en quelques mesures de Mi bémol à La (relatif majeur de l'homonyme de Fa dièse) introduisant le dernier retour du refrain superposé au second piano à des arabesques d'arpèges et de gammes. Après un bref rappel de l'élément mélodique  dans le ton principal la pièce s'achève sur une brillante coda "piu animato" basée sur la tête du thème initial a.  

3- Souvenir... Avenir...

   

Contrastant encore avec la pièce précédente, voici une valse lente pleine de langueur.
A- Le thème "amoroso" est donné dans le registre de ténor en formules d'arpèges ascendants par élans successifs; il doit son caractère hésitant à l'utilisation de la cellule rythmique:  

qui, en déplaçant les temps forts donne l'impression d'une mesure à 2/4 (On trouve le même procédé dans la seizième des "Liebeslieder Walzer" OP. 52 de Brahms).
Le caractère profondément lyrique de la mélodie est accentué par une harmonisation expressive constellée d'appoggiatures et de retards.

L'accompagnement, dans le premier exposé du thème, est réparti entre les deux pianos; le second donne les basses et le premier harmonise sur le second temps selon la formule caractéristique des valses lentes.
La reprise de ces seize mesures, accompagnée par des arpèges en triolets au second piano amplifie le thème qui est donné dans l'aigu, en accords, par le premier piano.

B- La section centrale de cette forme ABA présente un thème d'une grande simplicité mélodique en forme de gamme ascendante, doublé aux deux pianos et soutenu par des accords syncopés.
B
observe le même découpage que A par sections de seize mesures; la reprise apporte peu de changement si ce n'est une modulation en si (relatif du ton principal).
La deuxième partie B s'arrête avant d'avoir conclu (suspension sur la dominante).
A- Le premier thème est alors réexposé par le second piano en octaves sur des arpèges au premier piano.
Pour la reprise conclusive et magnifiée de A les deux pianos jouent à l'unisson.

 4- Danse de l'amour et du chagrin

C'est une autre valse lente très courte qui s'enchaîne directement à la pièce suivante; elle est basée sur un seul thème d'ambitus restreint (tierce), tournant autour d'une note-pivot et répété sans cesse par périodes de deux mesures.
Ce thème obsédant crée une atmosphère lourde teintée d'ennui lancinant.

La troisième section de huit mesures oppose à l'harmonie figée du début des modulations tourmentées et un chromatisme douloureux.
La reprise des deux premières sections de la pièce (2 fois 8 mesures) est confiée au second piano sur accompagnement d'arpèges remplaçant le rythme de valse lente.
Les deux périodes conclusives sont réexposées par le premier piano dans une harmonisation très recherchée (accords de septièmes d'espèces, accords avec sixte ajoutée, appoggiature très expressive de la quinte en mineur).

5- Le demi-sommeil embaumé

Cette valse, la plus développée et la plus élaborée du recueil, est le véritable pivot de toute la suite.
Elle suit la structure d'un rondo de forme libre: elle juxtapose cinq éléments thématiques dont les deux premiers qui reviennent périodiquement et toujours ensemble forment une sorte de refrain.
La tonalité principale Sol est l'homonyme du ton de la pièce précédente. Le caractère nettement improvisé de toute la pièce apparaît d'entrée avec l'introduction en accords à la rythmique très libre (déplacement des appuis, emploi de rythmes irrationnels) et au chromatisme exacerbé (8 mes.: a1)
Le deuxième élément de a présente, toujours au premier piano, un thème expressif avec saut de sixte, modulation enharmonique et rythmique stabilisée sur une formule de trochée (8 mes.: a2)

b, dernier composant du refrain, présente un thème ascendant et chromatique soutenu par des accords expressifs et des groupes en rythmes irrationnels au second piano (16 mes.).

Le premier couplet comporte deux éléments thématiques nouveaux:   est encore un thème chromatique en valeurs longues cette fois et d'allure descendante (à opposer à b); il est superposé à des arabesques tourmentées au second piano (32 mes.)

d est le premier thème rappelant le caractère de la danse; il est juxtaposé à l'élément a2 auquel il est apparenté. Ces deux éléments sont exposés successivement par les deux pianos (32 mes.)
Une transition modulante de 8 mesures conduit au retour du refrain. 

La reprise de a est très simplifiée, tant au point de vue rythmique qu'au point de vue harmonique;
a2
est donné par le premier piano en octaves sur un mouvement ascendant d'arpèges au second piano.
La section b , très abrégée (14 mes. au lieu de 32), revient dans le même esprit de simplification que a, les deux parties jouant pratiquement à l'unisson.
Le second couplet est introduit par deux mesures au second piano qui expose le rythme caractéristique de la valse (basse-accord-accord) dont c'est la première apparition dans la pièce. Une atmosphère totalement différente des tourments du chromatisme initial s'installe.
Le thème
e, basé sur une rythmique de trochée, est simple et conjoint; peu à peu un canon s'installe entre les deux pianos, dans le calme rythme d'une valse lente.

Le rappel de l'élément c du premier couplet est une fois de plus simplifié, apaisé ("toujours calme" précise l'auteur). d est repris textuellement, c'était le premier motif serein de l'œuvre.
La reprise de la partie a du refrain est omise car son caractère tourmenté ne pouvait convenir à la fin de la pièce qui évolue vers une atmosphère d'apaisement.
L'élément b est repris comme un souvenir des cauchemars passés; mais il fait bientôt place à une coda basée sur le paisible motif e qui achemine la pièce vers une fin transparente; l'écriture musicale qui était si dense au début de la pièce se raréfie de plus en plus par l'adjonction de silences.
La reprise du thème e, soutenue au départ par quelques accords, puis bientôt à découvert, aboutit à une tenue de 7 mesures sur la dominante au second piano, tandis que le premier piano fait entendre dans un mouvement ascendant les notes importantes de la tonalité, aboutissant sur la tierce pour une tenue de quatre mesures.  

A l'originalité formelle de cette pièce s'ajoute une écriture harmonique et rythmique très recherchée: les modulations qui viennent sans cesse relancer l'intérêt du discours ont toujours un but expressif, les superpositions de rythmiques différentes confèrent au début le caractère incertain et vague du demi-sommeil. Il faut également remarquer dans cette pièce l'évolution des thèmes qui ne sont jamais présentés avec le même visage. L'œuvre revêt les différents aspects des rêveries qui naissent de la torpeur, tantôt tourmentées et cauchemardesques, tantôt idylliques et sereines.  

6 - L'anneau perdu

Cette valse à 1 temps "molto vivo" reprenant la structure des "Décrets indolents du hasard", fait alterner deux éléments, l'un rythmique a, l'autre mélodique b (ababa).
L'élément a présente une ligne mélodique discontinue, alternée entre les deux mains, dont la rythmique entièrement syncopée donne l'impression d'une mesure binaire :

 

 Par ses accents déplacés la partie d'accompagnement confirme ce déséquilibre (ce procédé rappelle celui utilisé par Fauré dans la deuxième pièce de sa suite "Dolly" "Mi-a-ou", qui est également une valse).
La deuxième section de a présente un caractère mélodique plus accusé; la ligne mélodique d'ambitus large, au premier piano, est soutenue par des formules rythmiques puis décoratives du second piano.
La reprise de l'élément rythmique initial confère à cette section a un équilibre ternaire (a1, a2, a1)
La partie b fait dialoguer les deux pianos sur deux motifs différenciés: b1 est une succession d'accords expressifs b2 une simple ligne monodique en doublure à l'octave.



A noter comme étant une caractéristique de l'écriture de Reynaldo la longue pédale de tonique à caractère rythmique sur laquelle s'achève cette section.
Les deux éléments a et b alternent, passant d'un piano à l'autre, avec quelques modifications touchant essentiellement les formules d'accompagnement et les tonalités.

 

7- Danse du doute et de l'espérance

Dans cette courte valse on retrouve l'atmosphère lancinante de la "Danse de l'amour et du chagrin", la quatrième pièce du recueil.
Deux éléments mélodiques alternent dans cette valse; c'est le premier thème a qui peut être apparenté à celui de la pièce n°4: même rythmique figée, même ambitus restreint et même caractère obsédant dû à la répétition d'une courte formule (à remarquer l'harmonisation très raffinée qui juxtapose d'expressifs accords de neuvième et de sixte ajoutée à des appoggiatures insistantes).

Le second motif, b est, contrairement à a, une mélodie lyrique d'ambitus large et découpée en quatre sections de huit mesures.

Les différentes apparitions de ces deux thèmes sont très nettement caractérisées et tendent vers une amplification croissante.
La coda, basée sur le thème a reprendra la simplicité initiale.

 

8 - La cage ouverte

  

Cette valse rapide ("molto animato") présente un équilibre ternaire; elle comprend deux idées thématiques : a, motif rythmique et b,  motif mélodique, agencés suivant le schéma: aba- développement sur a - aba.
L'élément a, à la rythmique d'anapeste accentuée, a la particularité de superposer dans son conséquent une mesure à 2/4 à la formule d'accompagnement qui conserve son rythme à 3/4.
La section conclusive de a offre une courbe plus mélodique à la rythmique régulière sur un accompagnement d'arpèges.
L'élément le plus intéressant de cette valse se situe dans la partie b, en effet ce thème sera réutilisé presque sans modification-transposé en Fa alors  qu'il est ici en Si - par Reynaldo en 1923 dans sa première opérette, Ciboulette. Il constituera le second thème de la valse "Amour qui meurs, amour qui passe... " qui sert de final à la pièce, et illustrera les paroles "la vie sans amour est vaine" [1]  
Ce détail est significatif de l'intérêt qu'accordait Reynaldo à cette suite; il nous prouve la parenté qui existe entre les œuvres pianistiques et les œuvres vocales. Le piano, instrument-confident par excellence, recueille les inspirations qui seront utilisées dans des œuvres de plus grande envergure.

La partie centrale de cette valse est un développement modulant de l'élément rythmique d'anapeste du thème a La reprise du début est textuelle (aba)  

9 - Soir d'orage

Deux pages d'une riche improvisation sur un thème sombre et tourmenté. Reynaldo note dans sa préface: " Entre les n°8 et 9 s'est écoulée une période douloureuse. "
Le thème est en deux sections: l'antécédent, tournant autour du pivot de la dominante, possède une rythmique obsédante de iambe;  le conséquent est plus mélodique: il se déploie dans un grand ambitus et module en Fa, Si bémol avant de retourner au ton principal de sol dièse.

Les différentes séquences de l'improvisation opposent des passages d'une grande densité polyphonique à des retours du thème sans cesse transformé.  

10 - Les baisers

   

C'est une valse passionnée formée sur deux éléments thématiques contrastants; dans la seconde section reparaît le thème de la première valse de la suite "Décrets indolents du hasard"; cette réutilisation d'un motif déjà entendu, réminiscence du procédé cher aux franckistes, donne à l'œuvre une cohésion remarquable.
Le premier thème a au caractère lyrique accentué est un thème d'accords rendu haletant par une rythmique syncopée.

Le second thème b fait dialoguer les deux pianos dans un tempo "un peu plus modéré"; il présente une calme mélodie en valeurs longues qui sera variée quelques mesures plus loin.
Le second piano amorce à plusieurs reprises le retour du thème de la première valse dans la tonalité même où il était apparu (fa dièse) tandis que le premier piano poursuit obstinément l'énoncé du deuxième thème b.
La reprise de a amplifie le thème qui est donné par les deux parties en doublure sur trois octaves.
La section suivante fait dialoguer les deux pianos sur b et sur le thème cyclique.
La coda reprend l'élément a en conservant le tempo "modéré" de b.  

La valse n°11 s'enchaîne directement.  

11- Il sorriso

  

Cette valse suit la forme ABA oui avait été si à l'honneur dans le recueil des "Premières valses" de 1898.
Comme nous l'avons déjà vu pour la valse n°8, l'un des thèmes de cette pièce sera réutilisé dans une œuvre ultérieure.
Le thème initial est entièrement basé sur la superposition binaire/ternaire: la partie mélodique est à 2/4 tandis que l'accompagnement est à 3/4.
La gracieuse courbe mélodique présente un mouvement régulier et conjoint de croches sous forme de marche.

C'est de ce thème que Reynaldo se servira pour accompagner, au premier acte du Marchand de Venise le duo de Lorenzo et Jessica. [2]
B- S'opposant au Mi du premier thème, la section centrale de la valse est en La bémol; le thème, placé sur pédale de dominante à caractère rythmique est simple et conjoint, soutenu par quelques accords aux harmonies claires. Il est donné alternativement puis simultanément par les deux parties; il n'est pas développé mais sans cesse répété, tantôt en La bémol, tantôt en Mi bémol (ton de la dominante).

La partie A, légèrement abrégée, est reprise sans aucune modification.  

12 - Le seul amour

  

Dans sa préface Reynaldo évoque la genèse de cette dernière valse de la suite :
Pour le n°12, je sollicite une grande indulgence. Je sais tout ce qu'on peut reprocher de "facilité" à l'idée mélodique de ce morceau. Mais elle méritait d'être notée à cause de sa spontanéité, de sa sincérité profonde, de la fidélité avec laquelle elle exprime un état d'âme et surtout à cause de la persistance impérieuse avec laquelle elle s'est imposée à moi. C'est pendant un trajet en automobile, entre V... et le poste de commandement du Général, à B..., que ce motif a surgi en moi et m'a pour ainsi dire envahi. On me parlait et je répondais. Mais pas un instant cet air ne cessa de chanter dans ma tête comme si mon cœur s'épanchait en un flux intarissable. Cette valse datée de la fin d'octobre (époque où je l'ai écrite) date, en réalité, du milieu de septembre. "
Cette pièce, l'une des plus développées du recueil (avec les n°2 et 5) est une vaste improvisation bâtie sur un thème langoureux teinté d'une insistante mélancolie.
Le thème, exposé par le premier piano seul, est en deux phrases de 8 mesures chacune (antécédent et conséquent); il utilise une rythmique syncopée qui renforce le caractère incertain de la mélodie basée sur des notes répétées tournant autour d'un pivot. L'harmonisation est très recherchée (enchaînements chromatiques, accords altérés, appoggiatures expressives et modulations aux tons éloignés).

La pièce est analysable en sections régulières multiples de quatre mesures.
Des motifs issus du thème (dont elles empruntent soit la rythmique, soit la courbe mélodique) alternent avec des éléments thématiques secondaires qui le plus souvent ne sont entendus qu'une fois (le thème b de la valse n°8 "La cage ouverte" est repris ici, nouvelle apparition du futur  thème de Ciboulette :

Il faut remarquer l'importance accordée aux changements de tempi et donc aux brusques fluctuations de l'atmosphère: dans la seule page 46 on compte jusqu'à cinq indications de mouvements.


A propos de cette dernière pièce on peut constater l'évolution considérable de l'écriture pour deux pianos entre cette suite de 1915 et une œuvre comme le "Scherzo lent" de 1891 (cf. Chapitre II) : l'équilibre et la cohésion des deux parties sont atteints.
Au point de vue du charme harmonique, le "Ruban dénoué" est également l'une des plus grandes réussites de l'œuvre pianistique de Reynaldo.
Épilogue de sa musique de danse pour piano, on a vu plus haut qu'elle ouvrait la voie aux œuvres de la seconde période, c'est à dire aux comédies musicales et aux opéras.

 

partition disponible à la vente chez Leduc : HE 33887

 

 

L'œuvre dans la presse :

 

Le Temps (25 janvier 1916)

 

 

 

Les Annales Politiques et Littéraires (25 mars 1917)

 

 

Le Ménestrel (17 juin 1921)

 

 



[1] Reynaldo Hahn : Ciboulette : p.255 et suivantes dans la partition piano et chant
[2] Reynaldo Hahn : Le Marchand de Venise : Duo de l'enlèvement, p.118 et suivantes, dans la partition piano et chant

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